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AUTOUR DU PARC DE MONTSOURIS

 

         

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    Le quartier de Montsouris s'est développé par vagues, d'abord dans le dernier quart du XIXème siècle avec l'aménagement du parc, essentiellement à l'est et au nord est, puis dans les années 1920-1930 avec la fondation de la cité universitaire internationale au sud sur l'emplacement des anciennes fortifications  et à l'ouest avec l'aménagement pavillonnaire de la villa du Parc de Montsouris, des rues du Parc de Montsouris et Georges Braque et du square Montsouris; une dernière vague de construction a déferlé dans les années 80 au nord du parc, d'abord à l'entrée de la rue Gazan puis avenue Reille et enfin avenue René Coty depuis la rue d'Alésia lorsque la RATP a cédé ses emprises de part et d'autre de la ligne du RER. Malgré ses transformations, le quartier, marqué par une forte présence d'artistes dans les années vingt-trente, reste exclusivement résidentiel du fait du très petit nombre de lieux de convivialité tels que cafés, restaurants et cinémas.

    Pour s'y rendre: le bus 88 qui venant de l'avenue René Coty remonte jusqu'au boulevard Jourdan par l'ouest du parc, le bus 21 qui remonte la rue Gazan jusqu'au boulevard Jourdan par l'est, le RER B ( station Cité Universitaire) et le tramway au sud. Durée du parcours: environ deux heures.

    Plan/Map

     

    De la station RER, au sud du parc, à l'avenue Reille, au nord, en passant par l'est

    Sur le boulevard Jourdan, la station du RER est un bel exemple d'architecture art deco et a été bâtie en 1932 lorsque la Cité Universitaire était en plein développement pour permettre à ses résidents de gagner le Quartier Latin où était alors concentrée la totalité des Universités parisiennes.

    En descendant la rue de la Cité Universitaire, prolongée par la rue Gazan, il faut d'abord s'arrêter au n°3 sur l'immeuble-ateliers de 1930 par Michel Roux-Spitz aux finitions particulièrement soignées avec les encadrements de fenêtres en mosaïque noire et blanche; viennent ensuite un bel exemple d'immeuble en brique et béton gravillonné au 43 rue Gazan à l'angle de la rue Liard qui date de 1933 puis deux immeubles-ateliers, le premier au n°21 rue Gazan (1930) par l'architecte de Saint Maurice qui bâtit deux autres immeubles ateliers à la même époque rue Blomet et rue Lecourbe dans le quinzième arrondissement, le deuxième au n°13bis rue Gazan sans nom ni date (mais qui doit être des années 80 ou 90) très étroit et que l'architecte a su animer par le jeu des vitrages très art déco; au n°20 rue Gazan, le pavillon du lac date de 1880 et est attribué comme tous les autres pavillons du parc à Gabriel Davioud.

    Impasse Reille au n°3, on trouve en bel exemple d'architecture industrielle de la deuxième moitié du XIXème avec sa charpente métallique mise en valeur lors d'une récente réhabilitation. Le lotissement des terrains de la RATP de chaque côté de la ligne du RER entre la rue d'Alésia et l'avenue Reille a permis de mettre au jour (avenue Reille à l'angle de l'avenue de la Sibelle) un vestige de l'aqueduc romain qui alimentait les thermes de Cluny depuis Wissous avec une pente comprise entre dix et quarante centimètres par kilomètre; suivant le même parcours, la reine Marie de Medicis fit construire un aqueduc de Rungis jusqu'à son palais du Luxembourg (aujourd'hui le Sénat) entre 1613 et 1634. Une partie de l'eau (un tiers?) lui était réservée, de riches particuliers payaient un abonnement pour se brancher sur l'aqueduc et le solde allait aux fontaines publiques.

                                                                                                                                                                                                                                         

    Le parc, de l'avenue Reille au boulevard Jourdan

    Haussmann ne s'est pas contenté d'ouvrir de larges avenues bordées de façades soumises à un strict cahier des charges; après avoir annexé à Paris les villages emprisonnés entre l'enceinte des Fermiers Généraux et les Fortifications, il entreprit de doter Paris de larges espaces verts: le parc des Buttes Chaumont et celui de Montsouris pour assurer leur bien-être physique (il se chargea aussi de leur au-delà en faisant bâtir des églises -la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat date de 1905- comme saint Pierre de Montrouge).

    La réalisation du parc de Montsouris qui s'étend sur 16 hectares fut confiée à l'ingénieur Alphand ( en collaboration avec l'ingénieur Darcel et l'horticulteur Barillet-Dechamp) en 1865 et fut achevée en 1878; le terrain était difficile, en pente, balafré par quatre carrières qu'il fallut combler et traversé par deux lignes de chemin de fer: le RER B du nord au sud partie en viaduc et partie en tranchée ouverte et, d'est en ouest, la ligne de la petite ceinture en tranchée ouverte sur une courte distance, le reste en souterrain; d'où les délais et le coût:1 750 000 francs, somme colossale à l'époque et qui équivaudrait à environ 4 250 000 euros en 2008.

    La configuration du terrain qui ne se prêtait pas à la symétrie des jardins à la française et le goût d'alors ont fait opter pour un parc à l'anglaise agrémenté de statues posées au milieu des pelouses, de kiosques et de pavillons disséminés un peu partout. Ces pavillons sont attribués à Gabriel Davioud qui construisit les théatres du Châtelet et de la Ville et conçut les fontaines St Michel et de l'Observatoire.

    Par ailleurs, le parc abrite un théatre de Guignol, un manège,  une station météo (c'est là qu'est relevée la température donnée pour Paris) et la mire du sud érigée en 1806 pour permettre aux astronomes de l'Observatoire de régler leurs instruments sur le méridien de Paris (la mire du nord est à Montmartre, mais dans un lieu privé non accessible); il y longtemps que la végétation du parc et les constructions de la ville ont placé la mire hors service! Lors du réaménagement du boulevard Jourdan pour le tamway, une borne a été placée sur l'emplacement du méridien; curieusement, cette borne n'est pas alignée avec la mire du sud: sûrement que nos ancêtres s'étaient trompés! Enfin, la légende veut que le lac se soit vidé le jour de l'inauguration du parc!

     

    A l'ouest du parc

    Dans les années vingt, le quartier de Montsouris connut un fort développement, notamment à l'ouest, qui se traduisit par la construction de maisons particulières bordant rues ou impasses perpendiculaires au parc; nombre d'artistes s'y établirent; clématites et rosiers y fleurissent au printemps.

    A l'angle de la rue Emile Deutsch de La Meurthe et du boulevard Jourdan, jolie maison "art nouveau".

    Impasse Nansouty: sur la façade du n°9, deux sculptures enseignes pour signaler l'atelier d'un peintre à l'étage et d'un sculpteur au rez-de-chaussée; au fond de l'impasse, au n°1, on aperçoit une villa art deco en assez mauvais état (villa Medves 36 boulevard Jourdan).

    Villa du Parc de Montsouris: l'immeuble d'angle en béton gravillonné légèrement teinté est caractéristique des années 25-30 et l'architecte a su fort habilement compenser la pente de la rue Emile Deutsch de La Meurthe; le n°3 était l'atelier d'un artisan verrier comme l'atteste l'inscription; bel atelier d'artiste au n°5 et bas-reliefs sur la façade du n°2.

    Rue du Parc de Montsouris: une rue bordée de pavillons très différenciés les uns des autres, ce qui contribue à son charme; à noter le n°8, construit aux alentours de 1900 par le romancier populaire Michel Morphy dont on ne sait si le contenu de ses ouvrages était aussi osé que le suggéraient les titres: les mystères de la pornographie cléricale en 1884, une nuit de noces en 1886, première nuit de noces en 1898; mais ils lui valurent le succès!

    La rue Georges Braque, autrefois rue du Douanier, fut lotie en 1927 sous la direction de l'architecte Zielensky qui se réserva le n°8; le n°2 a été bâti par l'architecte André Lurçat pour le peintre zurichois Walter Guggenbülh (mais la villa a subi de nombreuses transformations depuis); le n°6 est d'Auguste Perret pour le peintre Georges Braque qui y vécut de 1927 à sa mort en en 1963; le n°7 est la villa atelier Reist et date de 1929; le n°5 est de Raymond Fischer; le même architecte dessina la résidence et l'atelier du peintre chinois Oui au n°9. L'écrivain E. E. Cummings a vécu dans cette rue après la première guerre mondiale.

    La rue du Square de Montsouris comporte  62 villas construites à partir de 1923 par l'architecte Jacques Bonnier à l'exception d'une dizaine dont les propriétaires firent appel à d'autres architectes: n°1 par Auguste Perret pour Pierre Gault, n°6 par G. Buisson, n°42 par J. Déchelette et le 53 avenue Reille par Le Corbusier pour le peintre Amédée Ozenfant qui participa activement à la conception de sa villa atelier (quelques modifications ont été apportées ultérieurement); Foujita habita un temps au n°3 qu'il meubla avec le mobilier racheté à Georges Simenon.

     

    Les réservoirs et au-delà

    Les réservoirs s'étendent sur une surface de quatre hectares et furent construits par l'ingénieur Belgrand entre 1867 et 1874 en lieux et places d'un premier réservoir, vétuste, datant de 1619 et d'un second, trop petit, de 1838; l'ensemble est constitué de deux bassins superposés d'une capacité totale de 220 000m3; les pentes engazonnées ne visent pas à accroître les espaces verts de la capitale mais à maintenir constante la température de l'eau qui provient des rivières de la Vanne et du Loing et qui alimente presque toute la rive gauche de Paris. L'immeuble-atelier construit sur une parcelle triangulaire au n°55 de l'avenue Reille par Déchelette a, lorsqu'il est vu de la place Jules Henaffe, une allure de proue de paquebot et  est tout à fait dans l'esprit de l'atelier Ozenfant par Le Corbusier au n°53, de ceux du n°9 rue Georges Braque par Raymond Fischer et des n°7-9 de la rue Gauguet par Zielenski. Un peu au-delà, il faut prendre le temps de regarder l'immeuble aux lignes très épurées au n°9 rue Paul Fort, le "calepinage" des briques sur la façade du 3 rue Beaunier, l'immeuble-atelier très art déco 3 rue Henri Régnier et les deux bas-reliefs au 13 et au 15 de la même rue. 

     

     

     

    La villa Seurat et ses alentours

    La villa Seurat est une impasse donnant dans la rue de la Tombe Issoire qui mérite qu'on s'y aventure; elle fut lotie à partir de 1924, principalement par l'architecte André Lurçat qui conçut nombre des maisons: le 101bis rue de la Tombe Issoire/1villa Seurat pour l'écrivain Frank Townshend, le n°3  pour les peintres Edouard Goerg et Marcel Gromaire, le n°4 pour son frère le peintre Jean Lurçat, le n°5 pour le peintre Pierre Bertrand, le n°8 pour une demoiselle Quillé, le n°9 pour le peintre Marcelle Bertrand et le n°11 pour le sculpteur Arnold Huggler; le n°1bis est l'oeuvre de l'architecte Moreux pour le sculpteur Robert Couturier; Auguste Perret desssina le n°7bis pour le sulpteur Chana Orloff qui fit également construire le n°7 par l'architecte Richter; le statuaire Emile Bachelet habita au n°6; beaucoup plus tard, en 1963, fut construit le n°15 pour (et par?) les architectes Maillard et Ducamp. En plus des artistes pour qui ces maisons furent construites, les écrivains Anaïs Nin et Henry Miller (qui habita au n°18 où il écrivit ses Tropiques) et les peintres Kiyoshi Hasegawa, Chaïm Soutine (également au 18 mais aussi rue de l'Aude, 35 avenue René Coty, 8 rue du Saint Gothard) et Salvador Dali vécurent un temps villa Seurat. Exemple réussi de reconversion de bâtiment industriel en appartements, le 2 rue Gauguet est une ancienne imprimerie; dans la même rue, Hans Hartung et Nicolas de Staël ont un temps habité les villas ateliers des n°5 et 7 construites entre 1929 et 1931 par Zielenski. Enfin, la villa Seurat et la rue des Artistes montrent que Paris n'est pas aussi monocolore qu'on le dit parfois.

    Au nord du parc, l'avenue René Coty vers Denfert-Rochereau

    Le lotissement des terrains de la RATP le long de l'avenue René Coty dans les années 80-90 a fait naître tout un quartier. La maison-atelier du 50 avenue René Coty fut construite par l'architecte Jean Launay en 1929 pour le peintre, aujourd'hui oublié mais populaire à l'époque, Jean-Julien Lemordant qui devint pratiquement aveugle à la suite de blessures de la guerre de 14-18; l'architecte et le peintre se mirent d'accord sur les plans à l'aide de maquettes (plus d'info sur la villa:  http://villa-atelier-montsouris.com). Le 46 est en fait l'arrière d'un immeuble sur cour de la rue des Artistes. Le 50 rue Dareau est une construction récenteavec des façades en zinc très inhabituelles pour un bâtiment si peu élevé. Les 9 et 11 rue Hallé sont une parfaite illustration sur la façon de transformerune façade avec trois fois rien: les deux façades sont, au départ, strictement identiques et très ordinaires; la différence n'en est que plus spectaculaire. Enfin, en arrivant à Denfert-Rochereau, l'un des regards de l'aqueduc de Marie de Médicis qui est une réplique du tombeau de Cyrus à Parsargades; en arrière-plan, l'hospice La Rochefoucauld.

     

     

    Quelques uns des artistes qui ont hanté ces rues

    Emile Bachelet sculpteur (1892-1981), Georges Braque, Robert Couturier sculpteur (1905- ), Salvador Dali qui habita 101bis rue de la Tombe-Issoire, André Derain 1880-1954 et Léonard Foujita 1886-1968 peintres qui furent d'incontournables "montparnos" et qui habitèrent le premier rue du Douanier (rue Georges Braque) et le second square Montsouris, Edouard Goerg peintre (1893-1969) qui étudia à l'académie Ranson en 1913-1914 où il fréquenta Maurice Denis et Paul Sérusier, Marcel Gromaire (1892-1971) peintre lié aux cubistes, Walter Guggenbühl peintre, Arnold Huggler peintre (1894-1988), Jean-Julien Lemordant (1878-1968) peintre dans le genre bretonnant qui lui valut la notoriété, Jean Lurçat peintre (1892-1966) qui relança l'art de la tapisserie et travailla avec la manufacture d'Aubusson, Chana Orloff sculpteur (1888-1968) qui a habité la Ruche et fréquenté la cantine de Marie Vassiliev avenue du Maine, Amédée Ozenfant, Chaïm Soutine; le collectionneur Pierre Gault; et le marchand Dessertennes (aujourd'hui Sennelier) avenue René Coty qui fournissait pinceaux, tubes et toiles;

    Michel Morphy (1863-1928) romancier déjà cité, Henry Miller écrivain (1891-1980) qui fut poursuivi aux Etats unis en 1934 pour obscénité lors de la publication de Tropique du Cancer et Anaïs Nin (1903-1977), autre écrivain "scandaleuse", qui fut sa maîtresse (et aussi celle d'Antonin Artaud);

    Les architectes: Jacques Bonnier 1884-1964, Louis-Loÿs Brachet 1877-1968 qui conçut la station du RER, Raymond Fischer qui dès le début des années 20 a rejoint le groupe des architectes les plus d'avant-garde, Emmanuel Ladmiral  1893-?, Jean Launnay 1893-?,  Charles Edouard Jeanneret dit Le Corbusier 1887-1965 l'un des fondateurs de l'architecture moderne mais qui voulait raser tout le centre de Paris pour le reconstruire selon ses dogmes, André Lurçat 1892-1966 lié avec Mallet-Stevens, Adolf Loos, Le Corbusier et Gropius fondateur du Bauhaus, Jean Charles Moreux 1889-1956 élève de Mallet-Stevens, Jean Pelée de Saint Maurice 1879-1948, Auguste Perret1874-1954 qui fut l'un des premiers architectes à saisir l'intérêt du béton armé, Michel Roux-Spitz 1888-1957 dont la signature sur certaines de ses façades rappelle qu'il fut premier grand prix de Rome en 1920.

     

     

    Bandes dessinées, films et romans policiers

    Dans "L'affaire du collier" qui parut en 1967, Edgar P. Jacobs, le père de Blake et Mortimer et de l'infâme colonel Olrik, a utilisé le parc de Montsouris  comme décor à l'action sur près de six pages. Le pont du RER, le manège de chevaux de bois, l'un des pavillons de garde y sont fidèlement reproduits, de même que la fontaine Wallace à l'entrée du parc avenue René Coty. Agnès Varda a tourné des scènes de son film "Cléo de 5 à 7" dans le parc de Montsouris. Leo Malet, quant à lui, a situé une partie de l'action de son roman policier "les rats de Montsouris" dans les rues à l'ouest du parc.

     

    Et pour compléter le parcours

    voir: itinéraires / la Cité Universitaire de Paris

                              Ateliers d'artistes à Montparnasse